Séance 4 : Le chien pelé

Chien couché dans la neige, 1910-11, 62,5 x 105 cm, Franz Marc, Städel Kunstinstitut, Francfort

Un chien pelé, boiteux, que personne n’aimait,
Sauva un jour une petite fille
Qui se noyait.
Il fut fêté par la famille.
Tout un jour, caressé, il vécut en héros.
On lui donna du sucre, on lui donna des os…
La petite exigea que le soir, à l’étage,
Il dormît au pied de son lit.
L’enfant était choyée.
On dit : « Et s’il salit ?
Un chien galeux sur un tapis, ce n’est pas sage…
Mais elle était au bord des larmes,
On accepta le chien;
En se promettant bien
Qu’on le renverrait, passée cette alarme.
Le chien dormit comme un évêque et fit un rêve. (…)

Au réveil, la petite dit : « Il a ronflé.
Je ne veux plus du sale chien, il sent la crotte!
Le chien fut promptement chassé.
La queue basse, il fit une petite trotte,
Reniflant les odeurs charmantes du pavé.
Vers midi il revint s’enquérir du menu,
A tout hasard, l’air ingénu.
On venait justement de laver la cuisine :
La bonne l’expulsa d’un coup de pied au cul.

Les ouvriers, qui sortaient de l’usine,
Défilaient devant la maison du directeur.
Ils portaient des pancartes; ils poussaient des clameurs.
« Plus de salaires de famine ! »
«Assez de travailler pour rien ! »
«Les hommes ne sont pas des chiens ! » (…)

A défaut de la direction,
Les ouvriers, furieux, lui firent
Son affaire à coups de bâton.
Le chien agonisa doucement sans rien dire,
Langue pendante, sans pouvoir bouger les membres,
Jusqu’au soir, en pensant que la petite fille
Avait été vraiment gentille
De l’avoir couché dans sa chambre…
La bonne pour tout cadeau
Lui apporta un peu d’eau.
Il pensa qu’elle était bien bonne, car en somme,
Elle ne lui devait rien.

Les hommes ne sont pas des chiens,
Mais les chiens ne sont pas des hommes

Jean Anouilh, Fables, 1962

Jean Anouilh photographié par le studio Harcourt en 1940

Pour entrer dans le texte nous réalisons un relevé organisé des termes employés pour évoquer le chien dans le texte.

Nous constatons que ces termes sont tantôt élogieux, tantôt péjoratifs.